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Raymond Pouget : la noblesse des élus de terrain

1 février 2012 Cerdagne | patrimoine | economie
Raymond Pouget : la noblesse des élus de terrain

En trente ans, la petite commune de Err, autrefois centrée sur l'agriculture et l'élevage a relevé les défis de la modernité, en gérant la station d'hiver du Puigmal et en se dotant petit à petit, d'un environnement attractif toute l'année, de petits commerces et d'une maison de retraite. Raymond Pouget, son maire, a accepté de répondre à nos questions.
 

CC : Raymond Pouget, vous êtes ce qu’il est convenu d’appeler un élu de terrain. Comment êtes-vous devenu maire d’Err ?

Je suis artisan, boucher, charcutier, traiteur et j’ai participé d’abord au conseil municipal en tant que simple élu, pendant un mandat, pour amener ma pierre à l’édifice commun. Puis, comme dans beaucoup de communes, des camps se sont formés, en gros une querelle locale des anciens et des modernes et des élections ont eu lieu. J’ai eu envie de servir mon village, de lui donner de mon temps et de mon énergie. En fait, c’est une histoire qui ressemble à beaucoup d’autres, je suppose. Une histoire de conviction et de disponibilité.

CC : Qu'elle a été votre ambition ?

D’abord ressouder le village après les élections, bien sûr, puis l’embellir : boucher les trous sur les voies, procéder à l’enfouissement des réseaux, restaurer des bâtiments, faire d’un village rural un village vraiment coquet, fleuri et agréable à vivre. Je veux que les habitants d’Err soient fiers de leur cadre de vie, qu’ils aient envie de construire et de transmettre.

CC : C’est un village très étendu…

Oui, autrefois il y avait le village du haut et le village du bas, qui vivaient dos à dos, entourés de quelques mas. Nous avons travaillé à les faire se rejoindre en renforçant la cohérence territoriale par l’achat de terrains périphériques, ou en nous battant par exemple pour conserver l’école et permettre aux gens qui ont de jeunes enfants de vivre à Err en toute tranquillité. C’est important pour une commune, vous savez. L’école est juste à côté de la mairie. Quand j’entends les rires des enfants, je sais que la vie est là, qu’elle continue comme autrefois. Vous avez vu, vous êtes entrés dans la mairie par les locaux de la poste. Conserver une poste, c’est aussi un enjeu majeur. Cela permet aux personnes âgées, non motorisées, de remplir des formalités, d’être au contact d’un service public, de n’être pas coupées du monde. Et il me semble symbolique que la mairie héberge un tel service.

CC : En fait, vous êtes de ceux qui pensent que la modernité s’inscrit dans le respect du passé ?

Oui, je crois à une identité cerdane forte et il me paraît important que mon village en soit l’une des expressions sans rien perdre de son âme. Mais cela ne nous empêche pas de faire confiance à des jeunes graphistes pour réaliser des trompe-l’œil sur les locaux des poubelles ou sur le mur du centre de loisirs, tout en remontant des murets et en créant de faux puits d’époque, au contraire. Nous avons peu à peu reconquis notre patrimoine. Le cadre de vie, c’est primordial et nous avons à cœur de le préserver de mieux en mieux.

CC : j’ai remarqué une maison de retraite avec des lits médicalisés au cœur du village…

Oui, je me bats pour la conserver. Comme les locaux sont devenus trop exigus, nous avons proposé un terrain plus grand. C’est une garantie de développement pour le village, la certitude d’y fixer des emplois. Ce n’est pas négligeable dans une économie rurale.

CC : Justement, il semble qu’il y ait beaucoup de résidences secondaires…

Oui, mais le noyau des habitants sédentaires est de 640 habitants et il progresse. Ce n’est pas si mal. Pour encourager les gens à rester, nous sommes dans une démarche vraiment qualitative, en termes d’environnement, mais aussi pour les produits de terroir comme l’élevage de canards et la production de foie gras. C’est toujours pareil, il faut que les gens soient fiers de leur village. S’ils en sont fiers, ils participent à son embellissement et à son développement.

CC : et un espace insolite, l’espace aqualudique

Ça n’a pas été sans mal. Difficile de faire comprendre à des préfets formatés pour le développement du tourisme en Cerdagne, que nos enfants ont également le droit d’apprendre à nager, sans devoir absolument se déplacer jusqu’à Saillagouse. Mais j’ai tenu bon. Maintenant cet espace, composé d’un lac, de toboggans, d’espaces réservés à la baignade est ouvert du 15 juin au 15 septembre et a enregistré cette année 55 000 visiteurs. Les champions de sauts à ski viennent s’y entraîner l’été. Un vrai succès. Les gens des communes avoisinantes ont répondu présents et les touristes adorent. C’est une belle victoire et je me plais à penser que c‘est celle du bon sens.

CC : Vous avez aussi votre lot d’or blanc avec la station du Puigmal.

L’expression ne me convient pas. Une station de ski, avant d’être de l’or blanc, ce sont des charges énormes, des équipements rapidement obsolètes, une mise à niveau permanente et donc, de très lourds investissements, pratiquement insupportables pour une petite commune comme la nôtre. Croyez-moi, c’est très lourd.

CC : Vous avez largement bénéficié des financements européens ?

Soyons clairs, sans l’argent de l’Europe, nous n’aurions rien pu faire. Pour se développer, il faut investir, c’est un cercle vertueux. Pour les mêmes raisons, je suis convaincu que notre avenir c’est l’intercommunalité, à condition qu’il y ait réellement mutualisation. Et péréquation des charges et des dépenses. Actuellement, l’effet pervers, c’est que tout profite à la ville centre, mais il va falloir rééquilibrer les choses dans l’intérêt même du territoire.

CC : Quelles sont les communes qui participent à cette intercommunalité ?

Saillagouse, bien sûr, Estavar, Ur, Osséja, Nahuja, Palau et Vallcebolère.

CC : Que pensez-vous du label Neiges catalanes ?

Je regrette que nous nous soyons limités à une opération de communication. L’avenir de nos stations est suspendu à cette mutualisation mais les grosses stations ont préféré jouer cavalier seul et communiquer également en singleton, ce qui est, me semble-t-il une vision à très court terme. Qui sait qu’au Puigmal nous avons le plus fort dénivelé des Pyrénées Catalanes ? L’idée est excellente, il faut la conserver et l’améliorer. En revanche, sur un plan plus concret et plus directement commercial, des labels de qualité comme ceux de la viande « Rosée des Pyrénées » par exemple, sont opérants et efficaces. Il faut absolument continuer dans cette voie.

CC : La Cerdagne, c’est une terre par essence transfrontalière. Vous croyez à une coopération avec la Catalogne du sud ?

Non seulement j’y crois, mais j’y suis. Nous venons de créer un abattoir transfrontalier, l’hôpital existe, nous savons très bien que seule la coopération transfrontalière aura un effet de levier pour obtenir des financements. Moi, je suis prêt à envisager toute forme de collaboration, mais j’ai les yeux ouverts. Il faut que chacun y trouve son compte.

CC : En quelque sorte, le défi qui vous attend est de préserver l’autonomie de vie de votre village, ses équipements particuliers, ses services publics tout en développant le tourisme d’hiver autour de la station du Puigmal et le tourisme vert ?

Oui, c’est tout cela à la fois. Dans la gestion du village, j’applique la même tactique de financements croisés. Par exemple l’école et le centre de loisirs sont dans les mêmes locaux puisqu’ils n’accueillent pas les enfants en même temps. Par exemple aussi, j’ai réussi à fixer un boulanger à Err. La vie d’un village c’est d’abord ça : des petits commerces, une école et des services publics. Je sais qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir et de batailles à mener, mais ce que nous avons déjà accompli m’encourage à regarder l’avenir d’un œil attentif mais serein.


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